Presse

Du cuivre à la lumière 

 

 

Dans l’intimité nocturne de son atelier, Thomas Godin, en alchimiste, transforme le cuivre en lumière. La surface de ses plaques gravées devient un espace aussi vaste que profond. Le ciel et la mer semblent prendre plaisir à s’y réunir. Il faut dire qu’en autodidacte, l’artiste suit à la lettre l’enseignement que professe la nature. Parce qu’il sait l’écouter, le vent lui souffle des idées. Parce qu’il sait les voir, les nuages, en passant, lui prodiguent de bien savants conseils. Parce qu’il est breton, Thomas Godin a battu les chemins du monde de ses pas vagabonds. Cette simultanéité de l’enracinement et du voyage nourrit son rapport au monde et contribue grandement à la richesse de son art. A équidistance entre l’esprit de l’artiste et le corps de l’artisan, sa démarche est toute entière la quête d’une unité tant formelle que spirituelle. 

 

Si la contemplation de ses gravures ne requiert aucune connaissance particulière, elles constituent néanmoins autant d’accès à un monde grandiose où la linguistique rencontre la cartographie et l’ethnologie, la sociologie. En somme, l’œuvre de Thomas Godin est un trait d’union efficace entre l’art et la vie. 

 

Selon une approche très asiatique de l’existence, la « conscience de », que l’artiste a érigée en authentique mode de vie, lui permet d’entretenir des dialogues féconds avec les matériaux, avec les couleurs et avec les formes qui découlent parfois par hasard de leurs combinaisons. Le graveur demeure confiant. Il sait qu’il fait bien les choses. 

 

Agrippant imperceptiblement une ligne d’horizon - simple trait délimitant le ciel de la mer - nombre des œuvres de Thomas Godin sont des paysages, c’est-à-dire des autoportraits puisque, dans son cas, le réel se niche aussi dans la puissance imaginante de son esprit, de sa mémoire, de son âme. Tonifié par les embruns d’un ciel liquide, il sculpte simplement l’existence éphémère de l’atmosphère. Toutes ses vues ont l’élégance de ne rien affirmer. Elles suggèrent seulement et permettent à chaque spectateur de reconnaître les lieux, de se reconnaître dans les lieux. En s’invitant dans les espaces creusés par le burin, l’encre colore la surface blanche du papier. Les traces sont des tâches, les tâches sont des formes. Sous le mécanisme implacable de sa presse, ces formes gagnent leur autonomie et la silhouette éruptive d’un volcan indonésien peut devenir l’écaillement sublime d’une coque de bateau ou encore l’escarpement d’un littoral à marée basse. L’interprétation du regardeur vient parachever une œuvre où plusieurs subjectivités fusionnent.  

 

La puissance symbolique des disques qui se répandent aux cimaises de sa galerie landernéenne provient du fond des âges. Lointain écho à l’archéologie chinoise, à des pratiques votives africaines, ils sont les heureux témoins d’une pensée sensible sur la vie, son cycle tragique et beau à la fois.

 

Entre la nuit et le jour, l’ici et l’ailleurs, le réel et le fantasme, le cœur et l’esprit, les gravures de Thomas Godin sont des ponts entre des mondes que l’intelligence de sa main sait parvenir à réunir dans une secrète unité. 

 

 

 

Romain Arazm. 

Série de photographies réalisées par Sylvain BARON. Travail prévu en plusieurs sessions, dans différents contextes. L'envers du décor en somme.